jeudi 12 novembre 2015

Le Royaume de Christophe et la République de Pétion

Portrait posthume de Jacques Ier,  le premier Empereur d'Haïti (1804–1806)

Beaucoup de candidats succédèrent à  Dessalines, mais trois seulement ont approché sa stature. La plupart des Haïtiens virent en Henri Christophe le choix le plus logique. Il avait servi en tant que commandant sous Toussaint et pouvait donc prétendre au manteau de l'ancien dirigeant et à un peu de sa mystique. Christophe était noir comme Dessalines, mais il lui manquait la haine raciale dévorante de Dessalines, et il était beaucoup plus pragmatique à cet égard. Sa popularité, surtout dans le nord, cependant, ne fut pas assez forte pour compenser la volonté des élites mulâtres d'exercer un contrôle sur Haïti à travers un leader tirée de leurs propres rangs. Les mulâtres avaient deux autres candidats à l'esprit: Gérin et Piéton, les auteurs présumés de l'assassinat de Dessalines.

Henri 1er, le premier d'Haïti (1811-1820)

En Novembre 1806, des propriétaires fonciers parmi les officiers et les "Anciens libres" (affranchis avant l'indépendance), un électorat dominé par l'élite mulâtre, élurent une assemblée constituante à qui fut donné la tâche d'établir un nouveau gouvernement. Les membres de l'Assemblée rédigèrent une constitution qui établit une présidence faible et une législature relativement forte. Ils choisirent comme président Christophe et Pétion à la tête de la législature, la première tentative en Haïti pour établir ce qui serait connu plus tard comme la politique de doublure. Sous ce système, un leader noir servit de comme figure de proue au règne mulâtre élitiste.

Alexandre Pétion, Président de la République
au pouvoir dans le sud d'Haïti depuis 1806 jusqu'à sa mort

Le seul défaut dans le régime des mulâtres était Christophe lui-même, qui refusa de se contenter de son rôle de figuration. Il rassembla ses forces et marcha sur Port-au-Prince. Son assaut sur la ville échoua cependant, principalement parce que Pétion avait l'artillerie et pas Christophe. Indigné, mais pas vaincu, Christophe se retira au nord de la rivière Artibonite et créa son propre territoire, où il régna de Cap-Haïtien (qu'il rebaptisera plus tard Cap-Henri). Des affrontements périodiques et inefficace durèrent des années entre ce territoire du Nord et la République de Pétion, qui englobait plus de la moitié sud du pays et ayant Port-au-Prince comme capitale.

Armoirie du Roi Henri 1er d'Haiti 


Les territoires du nord devinrent un royaume en 1811, lorsque Christophe  se couronna lui-même Roi Henri Ier d'Haïti. Contrairement à Dessalines, qui une fois empereur déclara, "Il n'y a que moi qui suis royal", Christophe installa une noblesse principalement composée de ses partisans  et associés noirs  qui assumèrent les titres de comtes et de barons.

En dessous de ce niveau aristocratique, la vie dans le nord du royaume était sévère, mais pas aussi cruelles que les conditions qui avaient prévalu sous Dessalines. Les travailleurs restèrent attachés à leurs plantations, mais les heures de travail furent libéralisés, et la rémunération fut portée à un quart de la récolte.

Christophe était croyait grandement en la discipline. Il fit venir des guerriers africains du Dahomey (l'actuel Bénin), qu'il surnomma le Royal Dahomets. Ils servirent de principaux agents de son autorité. Incorruptible et intensément fidèle à Christophe, les Dahomets mirent de l'ordre à la campagne. Beaucoup de gens furent mécontents de la rigueur du régime de Christophe. Les niveaux de productivité et d'exportation augmentèrent, cependant, la qualité de leur vie s'améliorée par rapport aux périodes révolutionnaires et post-révolutionnaires.

Dans la république du sud plus permissive, où Pétion régna comme président à vie, la vie des gens ne s’améliorait pas. La différence essentielle entre le royaume du Nord et la République sud était la façon dont chacun traitait la propriété foncière. Christophe donna la propriété de la majeure partie de la terre à l'état et loua de grandes étendues aux gestionnaires immobiliers. Pétion eut l'approche inverse et les terres domaniales furent distribués à des particuliers sous forme de petites parcelles. Pétion commença à distribuer des terres en 1809, quand il accorda des terres à ses soldats. Plus tard, Pétion prorogeât le plan  des concessions foncières à d'autres bénéficiaires et abaissa le prix de vente des terres de l'État à un niveau où presque tout le monde pouvait se permettre de posséder des terres.

La décision de Pétion s'avéra préjudiciable à la création d'une Haïti moderne. Les petits exploitants furent peu incités à produire des cultures d'exportation au lieu des cultures de subsistance. Le café, en raison de sa relative facilité de culture, vint à dominer l'agriculture dans le sud. Le niveau de la production de café, cependant, ne permit pas d'exportations substantielles. Le sucre, qui avait été produit en grandes quantités à Saint-Domingue, ne fut plus exporté par Haïti après 1822. Lorsque la culture de la canne a cessé, que les sucreries fermèrent, et que les gens perdirent leur emploi. Dans le sud, le haïtien moyen était un cavalier isolé, pauvre, libre, et relativement satisfait. Dans le nord, le haïtien moyen était un ouvrier amer, mais relativement prospère. Le désir d'autonomie personnelle motiva la plupart des Haïtiens, plus que le concept vague de contribuer à une économie nationale forte, cependant, les défections pour le sud furent fréquentes, à la grande consternation de Christophe.

Pétion, décéda en 1818, il laissa une empreinte durable sur sa terre natale. Il régna sous deux constitutions, qui furent promulguées en 1806 et 1816. Le document 1806 ressemblait à bien des égards la Constitution des États-Unis. la Charte de 1816, cependant, remplaça la présidence élue par un poste de président à vie.

La règle de laisser-faire de Pétion ne fut pas une discrimination directe contre les Noirs, mais il fit  la promotion d'une élite mulâtre retranché qui bénéficia de politiques telles que la restauration des terres confisquées par Dessalines et le remboursement en espèces des récoltes perdues au cours de la dernière année du règne de l'empereur. Malgré l'égalitarisme de la distribution des terres, le gouvernement et la politique de la république restèrent domaine de l'élite, en particulier parce que le contrôle du commerce vint remplacer la production des produits de base en tant que centre du pouvoir économique en Haïti. Pétion était un souverain bienfaisant, et il était aimé par le peuple, qui l’appelait "Papa Bon-Kè" (Papa Bon Coeur). Mais Pétion n'était ni un véritable homme d'État, ni un visionnaire. Certains ont dit que son impact sur les pays d'Amérique du Sud, à travers son soutien aux rebelles tels que Simón Bolívar Palacios et Francisco de Miranda, fut plus forte et plus positive que son impact sur son propre pays appauvri.

Jean-Pierre Boyer, d'origine franco-guinéenne, Président à vie de Haiti.
 il gouverna l'île pendant 25 ans, ce qui constitue jusqu'à ce jour le record de longévité de ce pays.


Bien que Christophe chercha une réconciliation après la mort de Pétion, l'élite sud rejeta la notion de soumission à un chef noir. Parce que le président à vie était mort sans nommer de successeur, le sénat républicain choisi un mulâtre secrétaire de Pétion et commandant de la Garde présidentielle, le général Jean-Pierre Boyer, pour occuper le poste. Dans le nord, le roi Henri se suicidé en Octobre 1820, après avoir subi un grave accident vasculaire cérébral qui lui fit perdre le contrôle de l'armée, sa principale source de pouvoir. Le royaume, qui avait été gouverné par une clique encore plus étroite que la République, fut mûr pour la cueillette. Boyer l'affirmera le 26 Octobre au Cap-Haïtien à la tête de 20.000 soldats. Haïti redevint une fois de plus une seule nation.


Source : http://countrystudies.us/

Traducton Franswa Makandal