jeudi 24 avril 2014

La théorie de la confrontation des couleurs du Dr Frances Cress Welsing




[Cette article est une traduction d'un extrait de « The Cress Theory of Color-Confrontation and Racism (White Supremacy) » du Psychatre Frances Cress Welsing]

Contrairement à la religion, le corpus de connaissances connu en tant que science prend la position que tous les phénomènes observables peuvent s'expliquer, ou, au moins, mettre de l'eau au moulin de l'enquête, de l'analyse et de la compréhension par l'esprit humain. 

Dans le très petit monde d'aujourd'hui au moins trois-quarts de la population est «non-blanche», et les membres de cette population « non-blanche » majoritaire sont soumis à la domination tout au long de leur vie, que ce soit directement ou indirectement, par une infime minorité des habitants de la planète qui se considèrent comme «blancs». Le racisme (suprématie blanche), se révèle alors comme l'un, sinon le phénomène observable le plus important dans le monde d'aujourd'hui pour lesquels les sociologues, comportementalistes et tous les autres scientifiques devraient chercher une explication.

Jusqu'à présent, le racisme a été défini et décrit diversement, (voir Gullattee, Comer, Butts et Pinderhughes). Pourtant, à mon avis, le commentaire fait par Oliver C. Cox dans son 1959 texte primé, « Caste, Class and Race » (Monthly Review Press), prévaut toujours:

« Il n'est pas habituellement compris que, de toute la grande masse d’écrits sur les relations raciales, n’est disponible aucune théorie cohérente des relations raciales. La nécessité d'une telle explication sociologique est si grande que récemment, quand un auteur a réussi, avec un certain degré de logique superficielle, à expliquer les phénomènes en termes de relations de caste, les manuels scolaires des collèges et les revues de sciences sociales, ont, presque à l'unanimité et sans discussion, adoptés à la hâte sa théorie. »

Peut-être que les scientifiques sociaux et comportementaux n'ont pas réussi à développer une théorie cohérente du racisme en raison de leur tendance à être moins exigeants et moins disciplinée, quant au fait de rester fidèle à des données observables et mesurables, que les scientifiques dits «physiques» qui sont tenus de formuler des hypothèses. Ordinairement, contrairement à tous les principes de base de la science moderne, des déclarations «a priori» sont faites par certains de ces scientifiques : c’est-à-dire, revendiquées indépendante de la validité des observations. De même, la société, en général, ne parvient pas à imposer une pression importante sur les sciences du comportement et les sciences sociales afin d’obtenir des théories et des définitions viables. Ces théories et définitions peuvent, par la suite, subsister et fonctionner comme des outils performants et efficaces utilisés par les ingénieurs sociaux comme guides pour changer la réalité sociale. Toutefois, le contraire semble être le cas, s'il n'y a aucune pression du tout, c'est pour maintenir le statu quo social. Et trop souvent, les institutions de la société récompensent les théories superficielles, incohérentes et dysfonctionnelles de la dynamique sociétale. 

Neely Fuller, dans son ouvrage de 1969 « The United Independent Com­pensatory Code SystemlConcept: a textbook/workbook for thought, speech and/or action for victims of racism (white supremacy) », a reconnu la nécessité d'un énoncé fonctionnel sur le racisme, qui pourrait être utilisé tous les jours par ceux qui cherchent sincèrement à apporter des changements sociaux. Fuller a fait observer que, contrairement à la plupart des réflexions récentes, il n’y a qu’un racisme fonctionnel dans le monde connu : la suprématie blanche. Il met au défi ses lecteurs d’identifier puis de démontrer la supériorité ou la suprématie fonctionnelle de l'un des peuples « non-blancs » du monde sur quiconque. Concluant que puisqu'il n'y a de suprématie opérationnelle de la part d’aucun peuple «de couleur», Fuller révèle que la seule définition opérationnelle et valable du racisme est la suprématie blanche. Il observe qu'en dépit de toutes les déclarations les peuples « non-blancs » du monde pourraient eux-mêmes avoir l’indépendance économique et / ou politique, etc. En fin de compte, ils sont tous victimes du processus de la suprématie blanche. Il met l'accent sur les réalités actuelles du monde qui peuvent être vérifiés et testés, plutôt que sur ce que l'on pourrait imaginer être le cas (comme une suprématie noir ou jaune). Il souligne en outre qu’au lieu de se concentrer sur les cas individuels ou sur des endroits spécifiques, une perspective examinant les modèles de relations entre les Blancs et les «non-Blancs» à travers le monde doit être développée.

Fuller explique que le racisme n'est pas seulement un modèle de pratique individuelle et / ou institutionnel, c’est un « système » de suprématie blanche et de domination, fonctionnant universellement, et auquel la majorité des blancs du monde participent. Il actualise la validité des théories qui reconnaissent l'évolution des systèmes économiques à l'origine de cet état de choses. Au lieu de cela, il écarte l'analyse insuffisante de ces théories en suggérant que divers systèmes économiques (comme le capitalisme, le communisme et le socialisme) ont été conçus, utilisés et affinés pour atteindre l'objectif principal de la domination blanche. En d'autres termes, l'objectif du système de la suprématie blanche n'est autre que la création, le maintien, l'expansion et l'amélioration de la domination du monde par les membres d'un groupe qui se classe comme la «race» blanche. Fuller suggère alors que le mot «race», en ce sens, a peu de validité biologique mais se traduit plus correctement en tant qu’ « organisation », dont le seul but est de maintenir la domination blanche et le contrôle du monde. L'accent mis par Fuller sur le concept de couleur amplifie l'affirmation faite en 1903 par WEB Du Bois (peut-être le plus grand sociologue américain) dans « The Souls of Black Folk », que le grand problème qui se pose au XXème siècle est celui de la ligne de couleur.

Savoir si l'on est émotionnellement à l'aise avec la thèse et l'évaluation de Fuller n'est pas pertinent. La question d'un tel confort n'a jamais été la préoccupation majeure de la recherche scientifique. Ce qui est d'une grande importance dans le travail de Fuller c’est la description des relations entre les peuples «non-blancs» et les blancs. Fuller définit et met en lumière ces relations comme un moyen de comptabilité et d'éclairage de nombreuses pratiques sociales observables passées et présentes. En outre, cet examen révèle qu’en dépit de toutes sortes de programmes et de prises de position contraires, en ce qui concerne les dernières centaines d'années, les conditions sociales de la suprématie blanche sont restées intactes comme la réalité sociale dominante. 

Impressionnée par le fait que le concept d'un «système» de domination blanche sur les peuples «non-blancs» de la planète pourrait expliquer la situation apparente et le dilemme de la réalité sociale des « non-blancs », j'ai eu tendance à me concentrer, en tant que psychiatre, sur les possibles forces de motivation, fonctionnant à la fois au niveau individuel et collectif, qui pourrait expliquer l'évolution de ces modes de pratique comportementale et sociale qui fonctionnent apparemment dans tous les domaines de l'activité humaine (économie, éducation, divertissement, travail, droit, politique, religion, sexe et guerre ). Alors que Fuller indique clairement que ce «système» se compose de modèles de pensée, de parole et d'action, pratiquées à des degrés divers par la majorité des blancs du monde, le seul commentaire sur l'étiologie, qu’il fait est que: 

« La plupart des blancs détestent les Noirs. La raison pour laquelle la plupart des blancs détestent les Noirs, c’est parce que les Blancs ne sont pas Noirs. Si vous savez cela sur les blancs, vous n’avez besoin de savoir autres choses. Si vous ne savez pas cela sur les blancs, presque tout ce que vous savez sur eux ne fera que vous embrouiller. »

Pour prendre en considération Fuller et aller un peu plus loin, il convient de noter que, dans la majorité des cas, tout dynamisme névrotique de supériorité repose habituellement sur un sens profond et omniprésent d'insuffisance et d'infériorité. N'est-il pas vrai que les blancs ne représentent en termes numériques qu'une très petite minorité de la population de la planète? Et plus profondément, l'absence même de toute capacité à produire de la couleur n'est-elle pas le « blanche » elle-même? Je raisonne, alors, en me disant que la qualité de la blancheur est effectivement une insuffisance génétique ou un état ​​relatif de déficience génétique, sur la base de l'incapacité génétique à produire les pigments de la peau de la mélanine (qui est responsable de toutes les couleurs de peau). La grande majorité des habitants de la planète ne sont pas autant accablé, ce qui suggère que la couleur est normale pour les êtres humains et que l’absence de couleur est anormal. De plus, cet état d’absence de couleur agit toujours comme une génétique récessive pour le facteur génétique dominant de production de couleur. La couleur « annihile » toujours (sur le plan du phénotypique et génétiquement parlant) le sans-couleur, le blanc. Les Noirs possèdent le plus grand potentiel de couleur, avec les peuples bruns, rouges et jaunes possédant, respectivement, des quantités moindres. Il s'agit de la base génétique et psychologique de « The Cress Theory of Color-Confrontation and Racism (White Supremacy) ».

La théorie de la confrontation des couleurs indique que les Européens blancs ou en déficit de couleur répondent psychologiquement, avec un sens profond de leur insuffisance numérique et de leur infériorité en terme de couleur, dans leurs affrontements avec la majorité des habitants de la planète, qui possèdent tous à divers degrés la capacité de production de couleur. Cette réponse psychologique, consciente ou inconsciente, révèle une insuffisance basée sur la partie la plus évidente et fondamentale de leur être, leur aspect extérieur. Comme on pouvait s'y attendre en termes de théories psychologiques modernes, les blancs ont, de manière défensive, développée un sens incontrôlable de l'hostilité et de l'agressivité. Cette attitude a continué à se manifester tout au long de l'histoire des affrontements de masse entre les Blancs et les peuples de couleur. Le fait que l'hostilité initiale et les agressions ne venaient que des blancs est enregistré dans d'innombrables journaux, revues et livres écrits par des Blancs. En outre, les dossiers indiquent que c'est seulement après de longues périodes de grande violence que les peuples non-Blancs ont répondu défensivement avec toute forme de contre-attaque. Cette réaction psychologique perplexe des blancs a été dirigée contre tous les peuples ayant la capacité de produire de la mélanine. Cependant, les agressions les plus profondes ont été dirigés conte les Noirs, qui ont le plus grand potentiel de couleur et, par conséquent, sont les plus envié et redouté dans la concurrence de la couleur génétique.

L'expérience de l'insuffisance numérique et de l’infériorité génétique de leur couleur a conduit les blancs à mettre en œuvre un certain nombre de les mécanismes de défense psychologique intéressants, même si dévastateur (pour les non-blancs). La manœuvre initiale de défense psychologique a été le refoulement de la douloureuse prise de conscience initiale de cette insuffisance. Cette première ligne de défense de l'ego a été renforcée par une foule d'autres mécanismes de défense. 

L'un de ces mécanismes de défense le plus important était formation réactionnelle, une réponse qui convertis (au niveau psychologique) quelque chose de souhaité et envié, mais totalement inaccessible, en quelque chose de discrédité et méprisé. Les blancs, désireux d'avoir la couleur de peau, mais incapable de l'atteindre, ont prétendu (consciemment ou inconsciemment) que la couleur de peau était dégoûtante pour eux, et ont commencé à attribuer des qualités négatives à la couleur - en particulier à la noirceur. Fait intéressant, le terme «non-blanc » est un double négatif résultant d'une déclaration positive. C'est peut-être un lapsus, dans lequel l'utilisation du langage révèle en fin de compte les dynamiques psychologiques primaires. Le désir des Blancs d'avoir une peau de couleur peut être observée dès les premiers signes du printemps ou en été quand ils commencent à enlever leurs vêtements (autant de pièces que la loi autorisera), permettant souvent leur peau d’être brûlée gravement pour tenter de ajouter un peu de couleur à leur corps pâle et se rendant vulnérables au cancer de la peau dans ce processus. La plupart des cosmétiques sont aussi une tentative pour ajouter de la couleur à la peau blanche. Une telle composition de coloration est fournie pour les hommes et femmes de race blanche. Et enfin, des millions sont dépensés chaque année en produits chimiques annoncés comme étant en mesure d'augmenter le potentiel de bronzage des blancs. 

Le fait que certains Noirs ont tenté de changer la couleur de leur peau n'atténue pas la force de cet argument, car il peut être démontré facilement que ces non-Blancs répondent aux conditions sociales déjà établies et à la suprématie blanche. Un tel processus, comme on le voit chez les Noirs et les autres non-Blancs, peut être décrit comme l'identification à l'oppresseur.

L’élaboration du mythe de la supériorité génétique blanche est un autre exemple de défense de la formation réactionnelle, qui continue à être renforcé assidûment (remarquez les dernières élaborations de Jensen et leur acceptation à tous les niveaux de la structure sociale blanche). Parfaitement conscients de leur capacité génétique inférieure à produire de la couleur, les Blancs ont construit le mythe de la supériorité génétique blanche. En outre, les blancs ont entrepris la lourde tâche de faire évoluer une structure sociale, politique et économique qui soutient le mythe de l'infériorité des Noirs et des autres non-Blancs.

La projection a été une manœuvre supplémentaire de défense psychologique utilisée par les Blancs. Se sentant extrêmement hostile et haineux envers les non-Blancs, les Blancs ont commencé à affirmer que les non-Blancs les haïssaient. Dans de nombreux cas, ce mécanisme a permis d'atténuer la culpabilité des blancs parfois éprouvé par rapport à leur élan à agresser les Noirs et les autres peuples de couleur. 

Un autre exemple, sans doute spécial, de l'utilisation de la projection est la volonté historique et continue des blancs pour des alliances sexuelles avec les non-blancs. Un désir auquel se livrent les hommes blancs dans le monde entier. Ce désir profond a été projeté sur les hommes et les femmes noires, et est manifeste dans l'idée que les gens de couleur ont des désirs sexuels pour les hommes et les femmes blanches. La théorie de la confrontation des couleurs postule que les Blancs voulaient et désirent toujours des alliances sexuelles avec les non-Blancs, à la fois hommes et femmes, parce que c'est seulement par cette voie que les blancs peuvent atteindre l'illusion d'être en mesure de produire de la couleur. La rage extrême ventilé contre l'idée même d'une alliance sexuelle entre l'homme noir et la femme blanche, qui a longtemps été un thème dominant dans la culture de la suprématie blanche, est considéré par la théorie de la confrontation des couleurs comme le résultat de la peur intense de l'homme blanc pour la capacité de l'homme noir à remplir le plus grand désir de la femme blanche : concevoir et accoucher un produit de couleur. 

Il y a d'autres comportements sexuels pratiqués par certains blancs qui peuvent être éclairés par la thèse de la confrontation des couleurs. Par exemple, dans son autobiographie, Malcolm X a déclaré que la perversion sexuelle, que des hommes blancs lui ont demandé d'effectuer le plus souvent, en tant qu’homme noir, était d’avoir des rapports sexuels avec des femmes blanches en leur présence, pendant qu’ils (les hommes blancs) regardé. Ce type de comportement de la part des hommes blancs, au lieu d'être rejeté comme une perversion, peut être compris lorsqu'ils sont considérées comme l'identification fantasmé des hommes blancs à la capacité des hommes noirs à donner des produits conceptuels de couleur aux femmes blanches ; quelque chose que les femmes blanches veulent désespérément mais que les hommes blancs ne peuvent pas offrir. En outre un témoignage vivant est donné par les hommes noirs qui ont des relations sexuelles avec des femmes blanches. Ces hommes déclarent que les femmes blanches affirment fréquemment vouloir avoir des bébés noirs.

La théorie de la confrontation des couleurs explique aussi pourquoi les testicules d’hommes noirs étaient la partie du corps à laquelle les hommes blancs se sont attaqués dans la plupart des lynchages: les testicules conservent le puissant matériel génétique de production de couleur. De même, le fait que les hommes et les femmes blanches se focalisent, de manière répétée et constante, sur la taille du pénis des hommes noirs est considéré par cette théorie comme un déplacement de la préoccupation fondamentale de la capacité de production génétique de couleur résidant dans les testicules. Étant donné que le fait d’envie la couleur doit rester refoulée, le désir de couleur ne peut jamais être mentionné au risque que l'ensemble de la structure psychologique blanche ne s'effondre. Par conséquent, l'attention se déplace vers un objet moins menaçant ou symbolique : le pénis.

Finalement, la dégradation du sexe dans la culture de la suprématie blanche permet pour un autre domaine de comprendre les dynamiques psychologiques fondamentales des Blancs et de leur auto-aliénation quant à leur apparence physique. Au niveau le plus primordial, le sexe peut être considéré comme la reproduction de sa propre image, de soi et de son genre. Selon la théorie de la confrontation des couleurs, la culture de la suprématie blanche dégrade l'acte sexuel et le processus de reproduction, car pour les blancs les deux sont le reflet de la blancheur et, à son tour, de leur incapacité à produire de la couleur. Ce déficit est clairement méprisé et est indiqué plus explicitement dans les philosophies religieuses et morales de la culture de la suprématie blanche. Pourtant, cette manière de dégrader l'acte sexuel n'est pas trouvée dans les cultures non-blanches. En fait, le contraire est le cas: l'acte de reproduction est tenu en haute estime, comme en témoignent les arts non-blancs et les pratiques religieuses. Les pratiques artistiques et religieuses d'Inde et d'Afrique donnent un témoignage fort et continu de ce fait. Chez les blancs, ce sentiment du noyau initial de l'aliénation d'eux-mêmes et de l'acte qui produisit leur image trouva son expression ultérieure dans leurs processus de pensée, philosophiques religieuses, leurs codes moraux, leurs actes sociaux, et leurs structures sociales.


Traduction de Franswa MAKANDAL